Guillaume d'Ekitinfo m'a encore une fois interviewé sur la boutique, voici mes
réponses:
Yann, peux-tu te présenter en quelques mots ?
J'ai 46 ans, dont au moins 35 de passion pour l'environnement, ce qui m'a
amené à faire des études agricoles puis de me spécialiser dans l'éducation à
l'environnement, métier que j'ai pratiqué presque 20 ans. Un
« détour » dans de cinq ans comme libraire m'a fait découvrir le
commerce que j'aime pour son coté « trait d'union » entre des
créateurs et des utilisateurs.
Étant consom'acteur de produits écologiques et équitables j'ai décidé d'être
encore plus acteur d'une autre consommation, j'ai donc suivi une formation de
quatre mois globale sur le commerce et sur la notion d'équité dans le commerce
avec l'organisme « quatre mats développement »
Quand est-ce que ta boutique va fermer ?
Je pense essayer de « tenir » l'été qui normalement est une saison
plutôt bénéfique et de mettre en place la liquidation en septembre. Ce qui
devrait me permettre d'éliminer une partie de mon stock et engranger du CA pour
pouvoir payer mes créanciers.
Qu’est-ce qui t’as poussé à prendre cette
décision ?
Depuis trois ans d'ouverture je ne me rémunère pas du tout, déjà cette
situation est difficile à vivre, mais l'année dernière difficile a supprimer ma
trésorerie, et ce premier semestre étant encore plus difficile et n'ayant plus
de trésorerie ce sont les créances qui s'accumulent
. Il faut savoir être réaliste et se rendre compte que mon activité n'a aucun
avenir dans cet emplacement.
J'avais un projet de déménagement vers un emplacement plus porteur, mais la
moralité variable du nouveau propriétaire m'a fait abandonner cette seule
solution envisageable pour l'avenir de la boutique.
Quels sont les principaux facteurs de cet
échec ?
- Les charges trop importantes (loyer, RSI, TVA, Expert comptable...) et des
marges trop faibles (mais justes) pour y faire face.
Un manque de communication (pub) bien trop chère pour pouvoir imaginer une
campagne efficace (et respectueuse de mes principes qui seraient plutot proche
des casseurs de pub)
- Un mode de consommation qui favorise les GMS périphériques au détriments
des centres villes.
- et pour ceux qui viennent encore au centre ville, un manque de curiosité
des chalands qui restent sur les axes très passants et ne font pas l'effort des
25 mètres séparant un emplacement fréquenté de ma boutique.
- Étrangement, la « démocratisation » du commerce équitable et des
produits issus de l'agriculture biologique, a été une sérieuse cause à mon
« échec » (même si j'aime pas parler d’échec). En effet la présence
de ces produits (qui étaient jadis uniquement dans les boutiques militantes des
centres villes) se retrouve dans tous les hypers, supers marchés et même chez
les hard discouter.
Ce ne sont évidemment pas les mêmes produits, les mêmes filières, la même
volonté de proposer d'autres relations commerciales locales et
internationales...MAIS c'est moins cher! J'ai trouvé des chocolats vendus moins
chers en GMS que mon prix d'achat, j'ai trouvé des compléments alimentaires bio
vendu en parapharmacie de grande surface avec une marge multiplicative de
0,1...
Dans ma ville une boutique biologique existante depuis au moins vingt ans
vient de déposer le bilan, une autre à déménagée en périphérie et la mienne va
fermer, et pourtant il s'agit d'un secteur très en vue, C'est vraiment un
paradoxe qui doit faire réfléchir.
Comment réagissent les clients ?
Les « vrais » sont déçus pour moi, pour les fournisseurs et pour
leur intérêt à participer à une autre consommation. Certains m'ont même proposé
de devenir associés pour pouvoir changer d’endroit et perdurer.
Et puis certains sont des rapaces (pauvres oiseaux) qui alors qu'ils ne sont
jamais venu à la boutique veulent le maximum de remise. J'avoue de n'être pas
toujours très diplomate avec eux.
Est-ce que le marché du commerce équitable a évolué depuis la
création de ta boutique ? Est-il en difficulté
aujourd’hui ?
J'y ai un peu répondu plus haut, mais pour préciser je crois vraiment que
les marques leaders présent en GMS se trompent d'avoir fait ce choix,
maintenant qu'elles ont (les GMS) réussis à supprimer les boutiques
indépendantes, la prochaine étape sera la généralisation des marques
distributeurs « équitables » et la suppression de ces marques
leaders.
Et puis dans leur « meilleur des monde » ça ne m'étonnerai pas
qu'ils ai des projets de boutiques spécialisée dans l'équitable et le
bio.
Quels sont tes projets futurs ?
? ? ? ???
Plus sérieusement, il est possible (mais loin d'être certain) que je
continue avec certains produits sur les marchés, ce qui me supprimerai toutes
les charges. Je vais cet été essayer plusieurs marchés pour voir comment sont
accueillis les produits bio et équitables.
J'aimerai continuer dans ces domaines (équité, agriculture bio, écologie,
connaissance de l'autre, art, artisanat...) qui me passionne et que je connais
bien, mais encore une fois il n'y a pas de boulot dans ces domaines, ou plutôt
pas de boulot rémunéré, c'est là qu'est le problème.
Ou alors je pars vivre en ascèse en Inde!
Souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Merci à vous et tout les fournisseurs, militants, réseaux,
associations, individus qui par leurs actes participent à l'embellissement du
monde et font au lieu de dire.
La parole est à vous!